Cette appropriation est réelle mais aura été plus longue que sous-entendue. Il aura fallu ces deux années pour que tous les acteurs du projet prennent conscience de ses enjeux, de sa profondeur, du rôle important qu’ils peuvent y jouer. En « non prévu » cette appropriation lente aura des effets positifs de diffusion ; par exemple, autour de L’Ecume du jour » et e ses associés, quelques autres réseaux d’échanges réciproques de savoirs rejoignent le projet et le Mouvement national de ces réseaux envisage de l’utiliser pour l’animation des formations réciproques entre réseaux sur tout le territoire. C’est à la rencontre de Beauvais que nous mesurerons bien que nous partageons mieux une vision commune du projet sans pour autant que chaque personne et chaque organisation renonce à ses singularités, au contraire.
Notons d’abord le travail effectué sur les notions de « savoirs collectifs », « savoirs des collectifs »,« savoirs utiles aux collectifs (à l’élaboration, l’appropriation, la mise en oeuvre, le réajustement, les partenariats, l’évaluation… du projet) ». Ce travail coopératif nous a fait avancer sur la compréhension de nos propres collectifs, sur la connaissance des autres collectifs, sur la prise de conscience des richesses de chacun d’entre eux et des connexions possibles.
Les « Je » et les « Nous ». La notion même de collectif a été interrogée. Er avec elle, la difficulté même à savoir qui parle ? Nous pensons qu’aucun de nous n’a jamais parlé « au nom de » son organisation. Il s’agit bien plutôt de personnes, de « Je » qui sont porteurs de l’histoire, du projet, des pratiques, des expériences et des outils de leur organisation. E « Je » qui, en se reliant à d’autres « Je » eux-mêmes porteurs d’autres histoires, projets…, en faisant des offres et demandes de connaissances et savoir-faire, en faisant des récits d’expériences, en décrivant et expérimentant des outils, se transforment eux-mêmes et contribuent à transformer leur organisation, leur « Nous » d’appartenance. Ce qui, en un cercle vertueux, les fait avancer également. Nous relevons également que lorsque, dans une des organisations, des personnes ensemble produisent une offre, font une demande, rédigent un récit… il s’agit toujours de « Nous » dans le Nous plus large. Par exemple, à L’Ecume du jour », le groupe porteur du projet sur la santé.
Elle s’est expérimenté de plusieurs façons mais particulièrement lors des Rencontres « en présence ». La réciprocité à travers les offres et demandes « à distance » a mis beaucoup plus longtemps à commencé. Il aura fallu presque 18 mois de connaissances réciproques pour que les offres soient utilisées et que des retours sur utilisation commencent à se faire. La réciprocité, ça s’expérimente, ça se vit, on en découvre la richesse en termes d’ouvertures des possibles collectifs peu à peu. Mais c’est toujours d’abord une réciprocité interpersonnelle. « Un autre regard sur soi et les autres qui introduit la dimension d’apprentissage, y compris au niveau des partenaires ».
Un assez grand nombre de productions individuelles et collectives : offres de formation, récits d’expériences, descriptions d’outils. Des échanges qui démarrent vraiment La prise de conscience de la nécessité de s’appuyer davantage sur les demandes. La prise de conscience de l’intérêt d’ouvrir une rubrique : récits d’expériences, sans que, pour autant, les offreurs les transforment en offres. Un début d’expérimentation sur des formes des retours. Au total, une dynamique « en bonne santé » parce que progressant ‘à la main » de ses utilisateurs potentiels. « Utilisation bénéfique de certains outils comme le blason » ; « échanges informels très enrichissants au cours des rencontres » ; enrichissements des pratiques réciproques en utilisant, à notre façon, tout ou partie des offres et des récits » ; « difficultés à s’approprier l’outil informatique, importance, là-dessus du tâtonnement ensemble, patient, il nous faut encore du temps » ; « richesses de la culture de chaque association » ; « nous avons pu remettre en question nos propres concepts ».
Là aussi, cela se manifeste d’abord par des solidarités interpersonnelles. Qui ont un effet sur les « collectifs » des personnes. Si nous considérons la solidarité comme « se rendre plus forts ensemble », se consolider réciproquement », on peut considérer que le projet est en bonne voie de réussite. Comment ?
La démarche a été suffisamment bien appropriée pour qu’elle ait des effets aussi sur les façons de se relier « localement » de chaque partenaire. Aussi bien les membres ; par exemple, de L’écume des jours » et de APRIRSI indiquent combien cela leur a permis de se relier autrement à des partenaires locaux : en identifiant mieux les richesses dont ceux-ci sont porteurs, en identifiant mieux leurs propres manques et en quoi la coopération peut être importante. « Changer le rapport avec les associations localement » ; « Une « dé/régionalisation des problèmes et des solutions » ; « changer les représentations réciproques entre associés » ; « prendre conscience de ce qui existe d’autres que nous, ouverture vers d’autres intérêts, d’autres possibilités ».
D’autres indiquent combien la participation au projet FRESC-EU leur a donné de la légitimé dans leur réseau pour faire des propositions de démarches et d’outils qui peuvent répondre aux difficultés de l’association : ce ne sont pas elles, à titre individuelle, mais un projet portés par un plus grand nombre d’associations reliées qui proposent, à travers les offres, les récits et les outils, des cheminements possibles vers une amélioration.
Il nous semble intéressant de réfléchir ensemble à ce projet « en fonction de l’intérêt des femmes ». D’y réfléchir pour comprendre en quoi et comment, porté par une majorité de femmes, il révèle un mode d’approche sociale, culturelle, politique le plus souvent porté par des femmes :
« Que certains outils n’aient pas été finalisés « sur place », lors des mobilités (manque de temps) » ; que nous n’ayons pas assez travaillé sur les demandes ; que ce soit difficile, faute de temps souvent et parce que les personnes impliquées ont de plus en plus de mal à faire vivre le local (crise ? manque de moyens personnels et collectifs… ?) de travailler entre les rencontres
mercredi 30 septembre 2009, par Claire Heber-Suffrin
RSS 2.0
| Mentions Légales
| Crédits
| Conditions d'utilisation
| réalisé avec Spip